Je suis.

Celui où c’était brut de décoffrage

Le 22 mars, 7h45. J’arrive au boulot. Un peu plus tard. Ma collègue me parle d’une explosion à l’aéroport de Zaventem. Je lance le fil de l’actualité de mon journal préféré et découvre l’horreur. Nouvelle explosion dans le métro.  

Je ne vis pas en France mais les attentats de Charlie puis de Paris m’avaient particulièrement touchée. S’en étaient suivis des nuits hantées de cauchemars. Je suis une terroriste prête à me faire exploser. J’hésite. J’appuie sur le détonateur. Je regrette instantanément ma décision mais il est trop tard. Je me réveille, le cœur battant. Je me lève, je vais voir que ma petite puce dort paisiblement. J’ai peur de me rendormir. J’essaye de caler ma respiration sur celle de mon amoureux. Des terroristes entrent chez moi, je cherche à tout prix à protéger ma famille. Je ne suis pas assez forte. Je me réveille, en larmes, le cœur battant. Je me lève, la peur au ventre, mais avec ce besoin vital de vérifier que personne n’est entré chez moi et que mon homme et mon bébé dorment paisiblement. Je me munis d’une pseudo arme de défense (je vais déposer un brevet pour ma pantoufle anti-terroriste #OuPas), j’allume toutes les lampes. Je passe le reste de la nuit sur le canapé, les yeux grands ouverts.

Dernièrement, on me demandait comment je vivais les événements liés au terrorisme en Belgique. Nous étions toujours au niveau d’alerte 3 depuis ces jours de novembre, mais nous avions « appris » à vivre avec. L’insouciance avait gagné, bien temporairement, naïfs que nous sommes, la partie.

J’habite et je travaille dans une province à côté de Bruxelles. Pour ma famille et mes amis, c’est Bruxelles. Pour les personnes rencontrées lors d’un lointain séjour linguistique, la Belgique c’est Bruxelles. Je suis assaillie de messages demandant des nouvelles. Je me sens toute vide. Je réponds que je vais bien. Est-ce vrai ? Le monde m’agresse. Cette vie qui continue malgré l’horreur me dépasse. Je me coupe de tout, casque sur les oreilles. Fin de journée. Je m’écroule.

Les larmes ne quittent plus le bord de mes yeux ni le casque mes oreilles. Je continue à suivre l’actualité en direct. Les photos des victimes et personnes recherchées commencent à être publiées. Je redoute d’y voir un visage familier. Je ferme les yeux. Je les ouvre et découvre les photos, témoins d’un temps plus heureux, partagées par les familles. Ouf, ce sont des « inconnus ». Mais ma douleur ne s’estompe pas.

Je lis ce monde qui se croit innocent, qui accuse l’autre de tous ses maux. Les croyants versus les non-croyants. L’Islam versus le christianisme. Molenbeek versus les villes et pays « purs ». Les méchants immigrés. Les gentils Européens (de l’ouest…). Avons-nous oublié que nos cultures, au nom de la religion, ont aussi assassiné ? Avons-nous oublié qu’au nom de la paix (ou du pétrole) nous bombardons ?

J’émerge. La vie continue. Je ne suis plus l’actualité en direct. Je me recentre sur ma petite vie. L’insouciance reprend le dessus. Pour combien de temps ?

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Je suis Charlie. Je suis Paris. Je suis Bruxelles. Je suis si triste. Je suis désolée. (Je ne suis toujours pas Gertrude, mais ça c’est une autre histoire)  #WorldPeace

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12 réflexions sur “Je suis.

  1. anabelle-dnlp dit :

    Je suis parisienne, et comme je comprends ce que tu écris. Je suis si désolée qu’on partage ces sentiments, ces pensées… J’ai vécu le 13 novembre comme le summum de l’horreur que rien ne pourrait égaler. Je sais que c’est faux, ils attaquent d’autres lieux de notre quotidien pour continuer de distiller l’angoisse à chaque pas. Mais on ne peut pas vivre angoissés à chaque pas, il faut bien refouler et recréer sa bulle, avec douceur et beauté…

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  2. MadameOurse dit :

    Je comprends mieux à te lire le choc que tu as vécu. Je suis loin géographiquement autant de Paris que de Bruxelles et n’ai donc pas été touchée comme tu peux l’être mais c’est bien pour moi d’apercevoir à quel point cela peut être dur.
    Des bisous

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  3. Nanou dit :

    Les attentats de Paris se sont déroulés « tout près » de chez moi, on m’a assailli de messages pour savoir si j’allais bien. J’étais enceinte, je n’avais pas le droit de trop bouger de chez moi, j’avais peur d’accoucher dans cette ambiance atroce. Le lendemain je devais voir une amie, on a annulé, et puis le dimanche je suis allée bruncher avec un ami, il faisait beau, la vie reprenait et pourtant on était sans doute plus attentif et inquiet au monde qui nous entourait. J’ai accouché 1 semaine plus tard. Quand je prenais le métro pour aller en néonat tous les jours, je n’avais pas peur mais j’y pensais. Un jour une femme a bondi, croyant avoir vu une balle arriver dans la vitre du métro. On vit dans la crainte, plus ou moins, on essaie de se dire que l’horreur est passée même si on sait tous au fond qu’elle reviendra sans doute. Courage ma Biquette, ton monde a toi est beau ❤

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