Le premier jour (2)

Celui avec la rencontre, enfin.

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Seize heures et quelques. Le cœur du bébé s’emballe (200), puis ralentit rapidement (70). La SF et la gynécologue déboulent très vite. Le col n’a toujours pas bougé. Le liquide amniotique est teinté. Le bébé ne supporte plus les contractions… Le rapport de naissance mentionnera une « souffrance fœtale aigue ». La décision est prise de faire une césarienne en urgence. Nous sommes sonnés.

A partir de là, tout s’emballe. Deux sages-femmes m’entourent et me rassurent. Une dégage la zone,  l’autre me place ensuite une sonde urinaire. La gynécologue nous explique très rapidement comment les choses vont se dérouler. A ce moment-là, ce qui me tracasse le plus c’est la suite : pas de nouvelle grossesse avant 1 année (bye-bye mon espoir secret du bébé surprise) et l’obligation de reprendre un contraceptif… Le brancardier arrive et nous quittons la salle que nous squattons depuis des heures qui aurait dû voir la naissance de notre mini-Biquette.

Une autre césarienne d’urgence est en cours et l’unique monito portable y est utilisé. Durant le trajet, une SF vérifiera régulièrement le cœur du bébé à l’aide d’un petit doppler. Comme il s’agit d’une césarienne d’urgence, Biquet ne peut pas m’accompagner en salle d’opération. Lui qui m’a tenu la main jusque-là doit rester derrière la porte. Je réalise alors que je vais vivre la naissance de notre fille toute seule. Les larmes coulent.

Lorsque nous entrons, je reconnais directement la salle où j’ai été opérée il y a un peu plus d’une année. Ce jour-là, quand j’étais arrivée, l’ambiance était sereine et « studieuse ». Le doc McGentil revoyait les images de l’IRM sur un ordinateur à l’entrée de la salle avec son assistant et l’anesthésiste blaguait avec l’infirmière de salle. Cette fois-ci, tout est différent. Déjà, il y a beaucoup plus de monde : SF, pédiatres, anesthésiste, gynécologues, infirmiers de salle et leurs assistants. L’anesthésiste flippe car nous n’avons pas le monito portable. J’ai peur pour mon bébé. Sera-t-elle en vie ? Je repense à notre parcours et la pensée qui m’obsède est que la nature a trouvé le moyen de nous retirer ce qui ne nous était pas dû.

On m’installe sur la table d’opération, les bras en croix. Un champ est placé afin de bloquer ma vue. Je réalise pourtant  qu’une dalle du plafond réfléchit ce qui se passe en-dessous et je vois mon ventre être badigeonné de bétadine. Apparemment, je suis la première personne à signaler ce problème.

L’opération commence. Moins de 5 minutes plus tard, mini-Biquette est sortie de mon ventre. Il est 16h36. Elle pousse un cri. C’est le moment le plus fort de toute ma vie je crois. Elle est vivante ! Je chiale comme jamais. Ouf ! J’y suis arrivée, elle est en vie. On me la montre rapidement puis elle est emmenée par les pédiatres.

A partir de là, je m’autorise à craquer. Je tremble, je vomis. Mes souvenirs des prochaines heures sont très vagues, voire inexistant à certains moments. On me ramène la petite après un temps que je n’arrive pas à évaluer. Il a fallu la ré-oxygéner. Une SF tient le bébé près de moi, dans un semblant de peau-à-peau. Je n’ai plus de force, mon estomac se soulève. Très vite, je demande à ce que qu’elle soit emmenée auprès de son papa (clin d’œil à Dame lapin : culpabilisation 10 – Biquette 0).

Mon dernier souvenir un peu clair est la salle de réveil. Mon ventre est tout plat, on me félicite, j’ai froid. On m’a placé un petit sac de sable sur la cicatrice afin d’empêcher la formation d’hématomes (c’est bizarre mais ça marche).

Sur les évènements qui suivront, je n’ai que des bribes de souvenirs. J’étais consciente et lucide sur le moment mais c’est comme si mon cerveau avait cessé d’enregistrer les évènements. J’ai quelques flashs : le passage du brancard au lit, l’absence apparente de toilettes dans la chambre (en réalité bien cachées). J’ai oublié : l’envoi des messages à nos amis, le coup de fil de ma maman et surtout je n’ai absolument aucun souvenir du peau-à-peau avec ma fille. Ce n’est que quelques jours plus tard, via une photo de ces instants supposés magiques, que je réaliserai cet oubli. (Culpabilisation 1000 – Biquette 0)

 

 

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40 réflexions sur “Le premier jour (2)

  1. Bounty Caramel dit :

    Quel flippe… Ce « elle est vivante »… Jusqu’au bout on a si peur… Quant aux souvenirs, je ne sais pas si ça va te rassurer, mais de même ici. Tout est vaporeux. Je t’embrasse fort et j’espère que la cicatrice ne te fait pas trop mal.

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    • Biquette dit :

      L’émotion est à la hauteur de la flippe!
      C’est rassurant quelque part de savoir que je ne suis pas seule avec un cerveau passoire post-accouchement. On pourrait nous prévenir.
      A présent, à part quand je « force », je ne sens plus la cicatrice.
      Et toi, comment vas-tu? Qu’en est-il de la PF? Tu as eu les résultats des examens médicaux?
      Gros bisous

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      • Bounty Caramel dit :

        Lol c’est clair, on pourrait nous prevenir ! Ici ca va. Faut que je trouve le temps de donner des news arf… L’homme vient de partir, la prochaine fois qu’on est à 3 et posés, ce sera après le depart de FritesVille ! En attendant ca va etre sport…! Quant à la pf, elle est s’est finie durant le sejour à la mater’ ! Ca a duré 3 sem’-1mois (vraiment fini) ! Ouf !! Je peux smiler 🙂
        Des bises !

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  2. Miss infertility dit :

    Coucou, j imagine la scène… J ai aussi vécu la césarienne d’urgence sans mari suivie de tremblements, de ne rien pouvoir gérer, même pas arriver à tenir son bb etc. Et encore comme toi, jai vu l’opération par un jeu de reflets sur des plaques de plexi. L essentiel est que tout aille bien, le reste on s’en fout! Pense à bien masser la cicatrice pour ne pas qu elle durcisse. Je l avais fait et aujourd’hui elle est invisible. Bisous

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    • Biquette dit :

      Et tu l’as signalé ou pas le reflet? (j’aurais été incapable de me regarder me faire charcuter)
      Merci pour les conseils pour la cicatrices. Jusqu’ici je devais la couvrir en permanence avec du micropore (ça donne une cicatrice très peu visible) mais maintenant je peux y appliquer ma crème cicatrisante.
      Bisous

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  3. damelapin dit :

    T’as dû bcp bcp flipper… Le peau à peau fugace, je me reconnais. 16h36, l’heure des surdoués 😉 c’est aussi l’heure de naissance de petit lapinou. Par contre contraception obligatoire en cas de césa??? Je savais pas! J’aurai eu la meme réaction que toi!

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    • Biquette dit :

      16h36 power! 😀
      En cas de césarienne, une nouvelle grossesse trop rapide pourrait être dangereuse. On recommande donc d’attendre une année et de reprendre un contraceptif en attendant. Dans mon cas, afin de me protéger aussi au mieux d’un retour de l’endométriose, la solution est une pilule progestative en continu: pas de règles, pas de retour de couche apparent. Je déteste cette idée!!
      Bisous

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  4. 1872tartine dit :

    Ouf, tout cela est maintenant derrière toi mais quel stress! Ici c’est l’attente. Pas mal de contractions depuis vendredi soir, perdu le bouchon muqueux aujourd’hui (classe!) et 39 SA + 3 mais en France c’est bizarre les grossesses durent 1 semaine de plus qu’en Belgique 😜 et le terme officiel n’est que le 9 avril! J’espère que ça n’ira pas jusque là tout en espérant qu’Hardie attendra le retour de son papa vendredi! Bizzzz

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  5. Mademoisellekattend dit :

    C est Mini Biquette sur la photo ? Si oui elle est trop chouchou 😍
    Quelle peur vous avez dû avoir avec cette césarienne d urgence. Pareil par ici très très peu de souvenirs de sa naissance et de ses premières heures (voire meme le séjour à la maternité) je crois que la morphine et les anesthésiants y sont pour qq chose meme si des copines avec accouchement sans rien ont eu le même effet. Si j avais su j aurai peut être demandé à ce qu on fasse des vidéos (pas de l accouchement hein mais apres) . Des bisous

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  6. titpouce dit :

    Mes yeux piquent en lisant ton récit, je reconnais bien là l’angoisse quant à la santé de ma fille quand j’ai su qu’elle souffrait et qu’il fallait filer au bloc. Les bras en croix, les tremblements, le souffle retenu jusqu’à entendre son cri plein de vie et voir sa tête apparaître au-dessus du champ opératoire, auréolée par la lumière des néons. Et comme toi, j’ai des gros trous de mémoire, j’essaye de me souvenir mais c’est très très flou. Le plus important étant que toi et ta petite princesse allez bien, l’équipe a été pro et a pris la bonne décision au bon moment. Gros bisous à tous les trois !

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    • Biquette dit :

      C’est exactement ça que j’ai ressenti cette angoisse, les bras en croix (comme pour un condamné à mort)… Mais l’important est que nos bébées soient aujourd’hui en pleine forme (et nous aussi en passant 😉 ).
      Gros bisous ❤

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  7. ptbichon dit :

    Trop mignon ces petits pieds.
    Les césariennes en urgence j’aime pas déjà en tant que SF (trop de chose à faire et donc pas vraiment le temps d’être soutenante) alors j’imagine en tant que patiente…
    Ce qui compte c’est sur, c’est le résultat final, une mini-biquette en parfaite santé et une maman qui s’est bien remis.
    Gros bisous.

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    • Biquette dit :

      J’avais effectivement espéré que la SF qui m’avait suivie jusque là serait de mon côté du champs mais elle ne pouvait pas et devait être prête pour accueillir le bébé. Quelque chose que je n’ai pas compris et pour laquelle tu pourrais m’aider: dans la salle d’op, il y avait des SF et des pédiatres, tous pour s’occuper du bébé. Quels sont les rôles de chacune des spécialités? Merci 🙂
      Gros bisous

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      • ptbichon dit :

        En tant que SF on a des connaissances aussi bien des mamans que des bébés parce qu’on est en première ligne. Donc on sait amené les premiers soins aux 2 et commencer à gérer les situations d’urgence mais on a pas des formations aussi poussé que le médecins qu’ils soient Gyneco ou pédiatre donc ils prennent souvent le relai sur les situations qui le demande. Dans ton cas, et souvent de toute façon pour les césariennes on appelle les pédiatres en plus pour les cas où la situation demanderai leurs compétences. Bien heureusement ils viennent très souvent « pour rien ».

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    • Biquette dit :

      Lol ce sentiment d’être une mère « indigne » a montré son nez la première fois lorsque j’ai réalisé que je n’avais pas reconnu les contractions (je croyais que c’était le bébé qui était très très actif. Je suis un boulet!!! :-D). A l’instant, je suis juste très fière, après avoir repoussé le truc pendant des semaines, car j’ai réussi à couper les (très longs) ongles de mini-biquette sans la blesser. Ah les petits bonheurs de la vie 😎
      Comment ça se passe chez les kangourous? Tu as repris le chemin du travail?
      Gros bisous

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  8. 28 jours et des bananes dit :

    Je ne sais même pas si j’ai pris le temps de te féliciter ?!
    Alors bienvenue Mini-biquette !!!!
    La mémoire se fait la malle le jour de l’accouchement je crois. Moi je ne me souviens pas du tout de la SF qui s’est mise à 4 pattes sur le lit pour m’appuyer sur le ventre. Pourtant ça a beaucoup marqué mon mari qui a trouvé ça hyper violent…
    Pleins de grosses bises 🙂

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